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Jeudi 28 novembre 2019, 19 h 30

Conférence avec Benoît Grenier

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Activité

Conférence « L'ivresse de découvrir » avec Catherine Ferland

L'histoire de l'alcool sous le régime français

Le 10 février 2005, nous recevions Madame Catherine Ferland, historienne de la Nouvelle-France qui venait nous faire part de ses recherches effectuées lors de sa rédaction de thèse de doctorat en histoire complétée en 2004 à l'Université Laval sous la direction des professeurs Laurier Turgeon et Alain Laberge.

Sa thèse intitulée « Bacchus au Canada, boissons, buveurs et ivresses en Nouvelle-France, XVII e et XVIII e siècles » traite de l'importance de l'alcool dans la vie de la colonie tant au plan économique que social. Voici une synthèse de ce que nous apprenait notre passionnée conférencière.

Dès le XVII e siècle, les bateaux en provenance de France transportent chaque année quelques centaines de milliers de litres de vin en barrique à Québec. Un peu plus d'un siècle plus tard, autour de 1750, l'importation du vin a encore grimpé pour s'établir à plus d'un million de litres, alors que de nombreux soldats français viennent défendre la Nouvelle-France et que la population compte près de 55 000 personnes.

S'ajoutent, la bière locale et le rhum provenant des Antilles. « Certaines années, les quantités d'alcool importé sont si importantes que ce type de marchandise constitue le premier revenu en taxes au port de Québec », précise notre conférencière. « Les prix varient beaucoup également puisqu'une barrique qui peut valoir 40 livres au début du XVIII e siècle se négocie 1 000 livres à la fin du régime français. »

La population de la Nouvelle-France augmentant peu à peu, la demande de vin et d'eau-de-vie se fait en effet plus forte. De plus, avec les attaques des corsaires dans le golfe Saint-Laurent et la guerre de Sept Ans en Europe, les bateaux n'arrivent pas toujours à bon port, ce qui fait évidemment grimper les prix. Du coup, de nombreux habitants se tournent vers la production locale de cidre et de bière d'épinette. Une partie de la population consomme également en grande quantité du rhum en provenance des Antilles que les navires, chargés de sucre provenant des colonies françaises, ramènent à Québec.

Tout cet alcool importé ou produit localement a parfois des effets dévastateurs en particulier chez les Amérindiens qui préférent l'eau-de-vie au vin. Les Hurons avaient plutôt peur du vin qu'ils associent au sang. Cependant dans certains villages algonquins, l'alcool fait des ravages, les beuveries peuvent durer trois ou quatre jours d'affilée. Les Jésuites rapportent des cas de violence extrême et remarquent aussi que l'alcoolisme brise les assises sociales, car les jeunes n'ont plus le même respect pour les anciens. Pour les Amérindiens, l'alcool n'était pas une expérience gustative mais plutôt une aventure mystique. Voilà à quoi servait surtout la grande fascination des Amérindiens pour le tabac et « l'eau de feu » qui leur permettaient de se réchauffer, de s'enivrer, d'entrer dans un état bénéfique.

Bien évidemment, cette surconsommation d'alcool ne fait pas toujours l'affaire des dirigeants de la colonie qui ont un constant besoin de peaux. Il faut des coureurs des bois en forme pour rapporter des fourrures et défendre le territoire. En fouillant dans les textes du temps, Catherine Ferland constate que bon nombre de règlements concernaient la consommation d'alcool chez les Amérindiens : Amendes imposées aux Canadiens français qui tentent de vendre de l'alcool aux Amérindiens avant qu'ils n'arrivent au poste de traite ou interdiction d'ivresse pour les autochtones.

À Québec, on boit au cabaret tenu par la cabaretière, presque toujours situé sur la place publique près de l'église. Les gens du peuple se réunissent de 7h à 9h, pour boire du cidre, de la bière d'Épinette, de l'eau-de-vie, de la « gildive » (produit colonial fait à partir du sucre de canne). Boire entraîne souvent ivresse, plaisanteries, vols, violence, meurtres.

Les bourgeois, les nobles, les membres du clergé boivent surtout du vin de haute qualité (vin de Graves, de Cahors, de Saint-Macaire, de Champagne). Cette élite possède des celliers, fait aussi l'étalage de ses richesses : sur le bahut on place les carafes, les verres raffinés. On boit surtout au dîner qui s'étend jusqu'à 11h, et souvent suivi d'un bal qui dure jusqu'aux petites heures du matin. Les vins d'Espagne, assez forts en alcool, servent surtout de vin de fête. Les vins de liqueur, muscat, vins de Navarre, vins des Canaries, produits de luxe, font aussi partie de la consommation des bien nantis et sont aussi parmi les premières boissons importées.

Voilà de quoi nous donner le goût de savoir davantage sur ce sujet encore d'actualité aujourd'hui. Grand merci à Madame Catherine Ferland qui a su nous garder intéressés à son sujet par son humour, sa simplicité et ses connaissances. La recherche de Madame Ferland aborde aussi la question des nombreux cabarets de la ville de Québec et de la circulation de l'alcool dans la colonie. Si vous désirez en savoir davantage, surveillez bien la sortie de son livre qui sera bientôt publié aux Éditions Septentrion.

Publication de Catherine Ferland

  • Du vin d'Espagne au champagne : la carte des vins de la Nouvelle-France au XVIIIe siècle, Revue d'histoire de la culture matérielle 57 (printemps 2003) p 15-29
  • Entre diplomatie et subversion. Le rôle des boissons alcoolisées dans les rapports franco-amérindiens, XVIIe-XVIIIe siècles, dans Alain Beaulieu (dir) Guerre et paix en Nouvelle-France (Québec, Éditions GID, 2003) p.15-51