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Nouvelles

Un retour sur le Dîner de la Bonne année!

En voici le résumé:

En ce beau dimanche du 13 janvier, ensoleillé mais froid, nous avons été plus de soixante personnes...

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8,4 millions$ pour le site archéologique Cartier-Roberval de Cap-Rouge

Mis en veilleuse pendant 8 ans et dans un état de «détérioration générale majeure», le site archéologique Cartier-Roberval de Cap-Rouge...

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Activités

Jeudi 14 février 2019, 14 h 00

Salon de thé avec Jeanine Lallement

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Activité

Souper des Rois

Les ajets de la «petite année»

Fin 1696, Pierre Simon dit Delorme, meunier établi dans la seigneurie de Sillery, note le «comportement» des ajets --c'est-à-dire : la température des jours allant de Noël aux Rois- dans son livre de comptes. C'est une pratique très ancienne qui veut que la température prévalant le jour de Noël préfigure celle du mois de janvier de la nouvelle année, le lendemain de Noël, annonce le mois de février et la Saint-Sylvestre augure du mois de décembre de l'année à venir. Voici quelques exemples tirés de son document manuscrit :

jenvié

Le jour de Noil, bo tan canlme, frei noire, l'erre du su-sorois

fevrié

Lundis, bo tan au matein, tans for noire au norois jusque a midis et peti nordeis, et l'apè-midi, petitte neige jusque soire anviron

mars

Mardis, bo tans canlme et doux toutte la journé

[�]

décembre

Judis au matin, nordés et de la neinge quelques eure du matin, res de la journée bo tant, petit van de soroi.

LE 6 JANVIER; D'ABORD LA FÊTE DE LA RÉDEMPTION

Le 6 janvier commémore le baptême de Jésus et la révélation de sa divinité: « Celui-ci est mon fils bien aimé [...]». L'Antiquité identifiait en tant que divinités ses princes et ses rois. Ils étaient des dieux incarnés que la tradition grecque nommait « epiphanios ». La particularité de la religion chrétienne, une particularité pourtant phénoménale, fut de faire d'un fils d'artisan un « épiphane », un dieu révélé.

La révélation de la divinité de Jésus, sa reconnaissance officielle par les humains, eut aussi lieu lors de l'adoration des Mages. C'est dans ce contexte, où l'accent était placé sur la divinité de Jésus, que l'église naissante célébra la fête de l'épiphane rédempteur, en commémorant tout à la fois sa naissance, l'adoration et son baptême. Enfin, l'épiphanie fut fixée au 6 janvier, au IIIe siècle. La Noël, par comparaison, ne se vit identifiée au 25 décembre qu'à compter du IVe siècle, par le pape Libère.

L'ORIGINE DES « ROIS »

L'existence des « Rois mages » ne peut être comprise que par le biais d'un détour dans l'histoire des religions, où un culte d'origine indienne au soleil, transposé au Moyen-Orient, mit en exergue ce dieu nommé tantôt Mazda, tantôt Mithra. Dès le VIe siècle avant Jésus-Christ, le réformateur Zoroastre avait entrepris de créer une caste de mages, au nombre de 12, chargés de scruter le ciel pour y lire les signes de la réalisation d'une prophétie d'origine hébraïque. Ces derniers, génération après génération, observaient le ciel dans l'espoir d'y voir un astre annonçant la naissance d'un dieu issu d'une vierge.

Plus tard, au IVe siècle, Hélène, la mère de l'empereur Constantin découvrit les sépultures des mages qui auraient été les adorateurs de l'Enfant-Jésus et les ramena à Constantinople. L'Église retint trois mages dont les noms varièrent pour se fixer au VIIIe siècle en Gaspard, Melchior et Balthasar. Les reliques des mages furent un jour transportées à Milan où elles continuèrent d'être honorées. À la faveur d'une guerre, les ossements des mages furent amenés à Cologne où ils parvinrent le 23 juillet 1164. Pour loger dignement les reliques, on leur fit une chasse dorée, puis une prestigieuse cathédrale, commencée en 1248, construite en « style français », c'est-à-dire: gothique. Les reliques s'y trouvent toujours. Ces mages que la tradition interprétait comme des Arabes, inclurent, à compter du XVIe siècle, un homme à la peau noire.

LES « ROIS » ET LA TRADITION DES PRÉSENTS

Des sources écrites révèlent qu'en Nouvelle-France existait la coutume de l'échange de présents pour les Rois: chapons, pigeons, vin, gâteaux (tourtes; galettes), chandelles, poule d'Inde, perdrix, &c. Quoi de plus normal que d'offrir quelques étrennes: Gaspard, l'Africain, n'avait-il pas offert de l'encens à l'Enfant-Jésus? Balthasar, l'Asiatique, ne lui avait-il pas offert de l'or? Et Melchior, l'Européen, de la myrrhe?

Il importe de voir aussi qu'une tradition héritée de la Rome antique a contribué à définir la fête des Rois. Lors des Saturnales, fête du solstice d'hiver, les habitants de Rome avaient cette étrange coutume d'offrir des gâteaux où se trouvait cachée une fève pour désigner le roi du jour. Au cours du Moyen Âge européen, cette tradition s'insinua dans le cadre du paiement des cens et des rentes seigneuriales, alors que l'on entreprit de présenter un gâteau au seigneur au même moment.

Dès le XIVe siècle, s'était concrétisée la coutume de la galette des Rois partagée en autant de portions qu'il y avait de convives au repas de la fête, tout en prenant soin de réserver une portion supplémentaire, la part de Dieu ou la part du pauvre, qui serait remise au premier visiteur. Une fève cachée déterminait le roi du jour qui choisirait sa reine. Les deux s'embrassaient et ouvraient la soirée de danse, dernière festivité du « temps de fêtes ». Certaines pratiques, aujourd'hui disparues, voulaient que les jeunes filles puissent voir en rêve le visage de leur futur mari (en traçant le nom des mages sur des feuilles de laurier déposées sous l'oreiller) la veille de l'Épiphanie. Rappelons-nous que les Rois mages, avant d'être considérés comme des rois, étaient perçus comme des mages scrutateurs de mystères...

(Condensé d'une conférence donnée à la SHCR le 10 janvier.)